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Souffrances endurées : barème 2025, montants par cotation et comment défendre ce poste face aux assureurs

 

La douleur ne se prouve pas. Elle s’éprouve. C’est là toute la difficulté — et tout l’enjeu — du poste de préjudice des souffrances endurées en droit du dommage corporel. Parce que la souffrance est subjective et individuelle, les assureurs en profitent : offres calquées sur la fourchette basse du barème, souffrances psychiatriques ignorées, cotation de l’expert non contestée, douleurs persistantes après consolidation oubliées.

Ce guide présente le barème actualisé 2025, les montants par cotation, mais aussi, et c’est ce qui fait la différence, ce qu’un avocat spécialisé en dommage corporel peut faire pour dépasser la moyenne et obtenir une indemnisation à la hauteur de ce que vous avez réellement traversé

Une expertise reconnue

LEVERT AVOCATS — Exclusivement aux côtés des victimes

Titulaire du Diplôme Universitaire de Droit de la Réparation du Dommage Corporel de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Maître Thibault Levert met au service des victimes une expertise technique pointue et une maîtrise approfondie des mécanismes d’indemnisation.

Ce diplôme, reconnu pour son excellence académique et sa rigueur technique, forme les praticiens aux aspects médicaux, juridiques et assurantiels de la réparation du dommage corporel. Grâce à cette spécialisation, Maître Thibault Levert dispose des compétences nécessaires pour analyser chaque poste de préjudice, dialoguer efficacement avec les experts médicaux et optimiser l’indemnisation des victimes de dommages corporels. Cette expertise garantit à chaque victime un accompagnement précis, rigoureux et entièrement dédié à la défense de ses intérêts face aux compagnies d’assurance ou devant les juridictions compétentes.

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1. Qu’est-ce que les souffrances endurées ?

Les souffrances endurées constituent un poste de préjudice extrapatrimonial de la nomenclature Dintilhac. Ce poste indemnise toutes les souffrances physiques et psychiques, ainsi que les troubles associés, que doit endurer la victime durant la maladie traumatique — c’est-à-dire du jour de l’accident à celui de la consolidation médicale.

Ce poste trouve sa source dans l’ancien pretium doloris, le « prix de la douleur », qui ne couvrait initialement que les souffrances physiques. La jurisprudence a progressivement intégré les souffrances morales, définition entérinée par la nomenclature : état de stress post-traumatique, dépression réactionnelle, anxiété chronique, peur séquellaire sont aujourd’hui pleinement indemnisables.

Point important : les souffrances endurées couvrent la période de l’accident à la consolidation. Après consolidation, les douleurs qui persistent relèvent du déficit fonctionnel permanent (DFP) un poste distinct. Les deux postes de préjudice sont cumulables. Un assureur qui tente de les fusionner commet une erreur juridique.

2. Le barème d’indemnisation 2025 — Référentiel Mornet

Le référentiel référentiel Mornet propose des fourchettes d’indemnisation établies à partir de moyennes jurisprudentielles. Il a valeur strictement indicative : il ne lie ni les juges, ni les parties. C’est une moyenne, pas un plafond.

Cotation

Qualification

Fourchette — Référentiel Mornet 2025

1/7

Très léger

Jusqu’à 2 000 €

2/7

Léger

2 000 € à 4 000 €

3/7

Modéré

4 000 € à 8 000 €

4/7

Moyen

8 000 € à 20 000 €

5/7

Assez important

20 000 € à 35 000 €

6/7

Important

35 000 € à 50 000 €

7/7

Très important

50 000 € à 80 000 €

Exceptionnel

Exceptionnel

80 000 € et plus

→ Ce que le barème ne dit pas : il reflète la moyenne de ce que les tribunaux ont alloué, pas le maximum de ce qu’ils peuvent allouer. Des travaux universitaires récents montrent que les avocats se contentent trop souvent de demander la fourchette basse, et que les juges, liés par les demandes des parties, ne peuvent pas aller au-delà. Une cotation 4/7 peut légitimement être chiffrée à 18 000 € ou 20 000 € si les éléments médicaux le justifient.

3. Ce que l’expert doit documenter : la méthode en cinq éléments

L’erreur la plus fréquente, celle qui coûte le plus aux victimes, est de laisser l’expert attribuer une cotation sur l’échelle de 1 à 7 sans décrire les souffrances dans le détail. Pour individualiser l’indemnisation conformément au principe de réparation intégrale, l’expert doit documenter cinq éléments.

1. Les circonstances du fait générateur

La violence de l’accident, le fait d’avoir été victime d’une agression délibérée, d’avoir survécu à un attentat, d’avoir assisté au décès d’un proche lors de l’accident, d’être resté incarcéré dans le véhicule pendant l’intervention des secours : ces éléments aggravent les souffrances morales et doivent figurer dans le rapport. Un expert qui ne les documente pas produit un rapport insuffisant.

2. La nature et l’importance des lésions initiales

Certaines blessures sont objectivement plus douloureuses : brûlures (brulologie), fractures ouvertes, fractures du rachis, luxations cervicales, lésions nerveuses périphériques. Le certificat médical initial descriptif est la pièce de base. Il ne se demande pas : il se réclame dès le lendemain de l’accident. Il est essentiel de prendre des photographies des lésions, de la chambre d’hôpital pour illustrer l’impact de l’accident sur les conditions de vie de la victime et l’ampleur des lésions. Une image vaut mille mots.

3. La nature, l’importance et la durée des soins

Le nombre d’interventions chirurgicales et leur lourdeur, la durée des hospitalisations et le type de service (réanimation, service de grands brûlés, neurochirurgie), les complications infectieuses, la durée de la rééducation : chaque élément pèse dans la cotation. Les comptes rendus opératoires et les bilans de rééducation sont des pièces irremplaçables à réclamer avant l’expertise. Le cabinet LEVERT AVOCATS remet au client à l’ouverture de chaque dossier un modèle de courrier pour demander une copie intégrale du dossier médical aux établissements de santé.

4. La sensibilité de la victime

La douleur est subjective et varie d’une personne à une autre. L’âge, l’état de santé général, les circonstances de vie, les posologies d’antalgiques administrées : ces éléments doivent être consignés par écrit avant l’expertise pour permettre à l’expert d’en tenir compte. Les doléances précises de la victime, préparées avec son avocat, sont souvent le seul outil disponible pour faire prendre en compte la dimension individuelle. Le cabinet LEVERT AVOCATS vous remettra un modèle de lettre de doléances afin de vous aider dans la rédaction.

5. L’absence de corrélation entre DFP et souffrances endurées

C’est ici que se jouent certaines des injustices les plus criantes. Il n’existe pas de corrélation automatique entre le taux de déficit fonctionnel permanent et l’intensité des souffrances endurées. Un grand brûlé peut ne conserver qu’un faible taux de DFP après avoir enduré des souffrances d’une intensité exceptionnelle pendant des mois de soins extrêmement pénibles. Réduire les souffrances endurées au niveau du DFP est une erreur médicale et juridique.

Pour toute prise de rendez-vous, utilisez notre service en ligne :

4. Les angles morts que les assureurs exploitent systématiquement

Les souffrances psychiatriques : le poste le plus sous-évalué

Dans la grande majorité des dossiers, les souffrances d’origine psychiatrique ne reçoivent jamais une cotation supérieure à 3/7, sauf circonstances exceptionnelles. La raison : les experts tendent à ramener les souffrances morales à une pathologie préexistante, en refusant de les analyser comme une conséquence du fait dommageable. Avec une documentation rigoureuse — bilan neuropsychologique, compte rendu du psychiatre, description précise du retentissement fonctionnel sur la vie quotidienne — des cotations de 4/7 ou 5/7 pour des souffrances exclusivement psychiatriques sont parfaitement défendables. Les juridictions spécialisées dans l’indemnisation des victimes d’attentats l’ont démontré.

Les souffrances des enfants : le dossier médical qui ne parle pas

La douleur spécifique liée aux soins reçus par l’enfant reste peu appréhendée dans les dossiers. Les préconisations destinées à prévenir les souffrances de l’enfant lors des soins ne sont que rarement consignées dans le dossier. Faute de documentation, la douleur de l’enfant est sous-évaluée ou ignorée par le juge. L’association PEDIADOL publie des guides d’évaluation de la douleur pédiatrique qui permettent d’objectiver des souffrances que l’expert aurait spontanément minorées. La souffrance morale liée à la privation de vie familiale et à la perte de l’insouciance juvénile pendant des mois d’hospitalisation constitue un élément spécifique à faire valoir.

Victimes d’accidents du travail : un droit renforcé depuis 2023

Pour les victimes d’accident du travail invoquant la faute inexcusable de l’employeur, l’arrêt d’Assemblée plénière du 20 janvier 2023 a renforcé les droits à indemnisation des souffrances endurées. La rente AT ne répare plus le déficit fonctionnel permanent — et encore moins les souffrances endurées. La victime peut désormais en obtenir la réparation intégrale, indépendamment de sa rente.

Ass. plén., 20 janvier 2023, n° 20-23.673 et 21-23.947

La rente versée à la victime d’un accident du travail ne répare pas le déficit

fonctionnel permanent. La victime d’une faute inexcusable peut prétendre à la

réparation du préjudice causé par les souffrances physiques et morales endurées,

que la rente n’a pas pour objet d’indemniser.

L’état végétatif : l’argument sans fondement des assureurs

Il est fréquent que les assureurs contestent toute indemnisation des souffrances endurées pour une victime en état végétatif. La Cour de cassation a définitivement tranché.

Cass. crim., 15 janvier 2019, n° 17-86461

L’état végétatif chronique de la victime d’un accident n’excluant aucun chef

d’indemnisation, son préjudice doit être réparé dans tous ses éléments.

 

Application pratique (CA Caen, 26 sept. 2022, n° 22/00127) :

Pour un homme resté 21 jours dans le coma puis décédé, des souffrances

évaluées à 6/7 ont été indemnisées à hauteur de 50 000 €.

5. Les douleurs pérennes après consolidation — une méthode que peu d’avocats maîtrisent

Les douleurs chroniques qui persistent après la consolidation médicale ne disparaissent pas de l’indemnisation : elles entrent dans le déficit fonctionnel permanent. Mais leur indemnisation peut être calculée sur une base journalière capitalisée plutôt que par simple application d’un point d’incapacité — une méthode plus favorable aux victimes jeunes, admise par plusieurs cours d’appel.

CA Rennes, 26 octobre 2022, n° 19/03930 — méthode journalière pour les douleurs pérennes

La cour d’appel a indemnisé le DFP en intégrant distinctement les douleurs

pérennes post-consolidation sur une base journalière capitalisée :

 

  Base journalière retenue : 30 euros (incluant souffrances permanentes)

  Arrérages échus (3 082 jours) : 3 082 × 30 € × 38% = 35 134,80 €

  Capitalisation à compter du jugement : 31,781 × 365 × 30 € × 38% = 132 240,74 €

 

Voir aussi : CA Caen, 14 mai 2019, n° 16/02281 — TJ Toulouse, 13 fév. 2023

 

Cette méthode présente un avantage considérable pour les victimes jeunes : avec le référentiel Mornet classique, l’indemnité journalière implicite d’une femme de 35 ans avec un DFP de 50 % ne représente qu’environ 11 euros par jour. La méthode journalière corrige cette anomalie en capitalisant directement les douleurs quotidiennes sur l’espérance de vie réelle.

 

6. Comment contester une cotation insuffisante — le dire à expert

La cotation de l’expert n’est définitive que si vous la laissez l’être. L’outil procédural pour la contester : le « dire à expert », observations écrites adressées à l’expert avant le dépôt de son rapport définitif. L’expert est tenu d’y répondre. La Cour de cassation sanctionne les juges qui ignorent la contestation de la victime.

Cass. 1re civ., 20 décembre 2017, n° 17-10909

Viole l’obligation pour le juge de ne pas dénaturer l’écrit qui lui est soumis,

l’arrêt qui, pour limiter l’indemnité allouée au titre des souffrances endurées,

retient que les conclusions de l’expert ne sont pas contestées par la victime,

alors qu’il résulte des conclusions déposées par cette dernière qu’elle les contestait.

 

→ La formulation précise de vos conclusions est décisive. Si vous contestez

   la cotation, il faut que cela apparaisse explicitement dans vos écritures.

 

Dans le cadre d’une expertise contradictoire amiable, le médecin-conseil de victimes doit faire noter formellement sa propre cotation au procès-verbal d’expertise. Cette mention constitue la base d’une contestation judiciaire si l’assureur ne propose pas une offre satisfaisante.

Notre accompagnement aux côtés des victimes : 

Chaque dossier de souffrances endurées suit un protocole en trois phases.

Phase 1. Avant l’expertise : préparer les cinq éléments

  • Constitution du mémoire de souffrances, collecte de toutes les pièces médicales,
  • Identification des souffrances psychiatriques et organisation du suivi documenté,
  • Mobilisation des outils PEDIADOL pour les enfants.

Phase 2. Pendant l’expertise : être assisté

  • Présence d’un médecin-conseil de victimes (réseau ANAMEVA, ANMCR)pour faire constater tous les éléments et noter la cotation divergente au PV.

Phase 3. Après le rapport : analyser et contester si nécessaire

  •    Lecture critique et juridique du rapport. Dire à expert motivé si cotation insuffisante.

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Souffrances endurées 3/7 (modérées) : quel montant et peut-on contester ?

La fourchette de 4 000 € à 8 000 € pour une cotation 3/7 est l’une des plus discutées en pratique. Pour de nombreuses victimes d’accidents graves mais sans complication spectaculaire, c’est la cotation qui est retenue — souvent en sous-évaluation. Si votre dossier présente une hospitalisation de plusieurs semaines, plusieurs interventions chirurgicales, un suivi de rééducation prolongé ou des souffrances psychologiques documentées, une cotation 3/7 est contestable et peut être réévaluée à la hausse par un dire à expert ou devant le juge.

La fourchette de 8 000 € à 20 000 € pour une cotation 4/7 est la plus fréquente dans les dossiers de traumatisme grave. Un assureur qui propose automatiquement 8 000 € fait une offre standard, pas nécessairement juste. Deux interventions chirurgicales, quatre mois de rééducation, un état de stress post-traumatique documenté : ces éléments justifient une demande entre 15 000 € et 20 000 €. Le juge peut aller au-delà de la fourchette si les éléments de personnalité le justifient.

Une cotation 5/7 correspond à des souffrances assez importantes, avec une fourchette de 20 000 € à 35 000 €. Ce niveau est retenu pour des dossiers de polytraumatismes, de traumatismes crâniens graves avec hospitalisation longue, ou de certaines pathologies psychiatriques sévères. À ce niveau, l’indemnisation doit impérativement être argumentée avec l’ensemble des éléments médicaux et les doléances précises de la victime — un chiffrage en haut de fourchette, voire au-delà, est régulièrement obtenu par voie judiciaire.

Les cotations 6/7 (35 000 € à 50 000 €) et 7/7 (50 000 € à 80 000 €) concernent les situations les plus graves : grands brûlés, traumatismes crâniens avec séquelles cognitives sévères, polytraumatismes complexes avec de nombreuses complications. À ces niveaux, le référentiel Mornet doit être dépassé si les éléments de personnalité de la victime le justifient et ils le justifient presque toujours. Des décisions récentes ont accordé des montants nettement supérieurs au plafond de la fourchette. La démonstration de chaque composante des souffrances  (physiques, morales, durée, intensité) est indispensable.

Non. Elle peut être contestée par un dire à expert (avant le rapport définitif), par une demande de contre-expertise, ou directement dans les conclusions soumises au juge. Le juge n’est pas lié par la cotation de l’expert, il dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation et peut allouer une indemnisation supérieure à ce que la cotation laisserait attendre, si les éléments de personnalité le justifient. À condition que l’avocat lui en fournisse les arguments.